« Il n’y a pas de justice dans la mort » – les voix de l’ouverture du 7e Congrès mondial

Aujourd’hui s’ouvrait officiellement le 7e Congrès Mondial contre la Peine de Mort dans l’hémicycle du Parlement européen à Bruxelles, après une journée, hier, consacrée aux side-events. Soulignant l’abolition mondiale de la peine de mort comme objectif ultime, l’ouverture a également été un moment clé porteur de plusieurs annonces importantes. (Photo © Christophe Meireis)

  • Cheick Sako, Ministre de la Justice de la République de Guinée, a annoncé que son pays est prêt à ratifier le deuxième Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, visant à abolir la peine de mort.
  • Jean-Claude Gakosso, Ministre des Affaires étrangères de la République du Congo, a également annoncé que son pays entreprendra des actions en vue de ratifier le PO2.
  • Le Ministre de la Justice du Burkina Faso, M. Bessolé René Bagoro, a annoncé que le projet de nouvelle Constitution comprendra l’abolition de la peine de mort et devrait être adopté en mars.

Un large soutien en faveur de l’abolition

D’autres représentants d’États se sont déclarés favorables à l’abolition de la peine de mort. « Notre nouveau gouvernement soutient sans équivoque l’abolition totale de la peine de mort en Gambie », a déclaré Abubacarr M. Tambadou, ministre de la Justice. M. Tambadou a ajouté que son pays « s’employait actuellement à réformer la Constitution, notamment par des discussions sur son abolition ».
Thalatha Atukorale, Ministre de la justice et des réformes pénitentiaires de la République socialiste de Sri Lanka, a déclaré que « le moratoire sur la peine de mort dans son pays était maintenu et a appelé tous les pays à soutenir Sri Lanka ».
Mohamed Aujjar, Ministre de la Justice du Royaume du Maroc a déclaré que « depuis 1993, aucune exécution n’a eu lieu dans mon pays. J’ai bon espoir que le Maroc progressera pas à pas vers l’abolition complète de la peine de mort ». Il a ajouté que le nouveau Code criminel discuté au Parlement réduira la peine de mort à des crimes tels que le génocide, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité.

Messages clés sur la peine de mort

La cérémonie d’ouverture a également été marquée par les remarques des nombreux co-parrains du congrès, des organisations internationales, des représentants gouvernementaux et un message vidéo de Sa Sainteté le Pape François. Tous les intervenants se sont mis d’accord sur certains messages clés.
Premièrement, la peine de mort n’a pas d’effet dissuasif et il n’y a pas de retour une fois qu’une vie a été prise. Deuxièmement, il est impossible d’éliminer les erreurs dans n’importe quelle juridiction de ce monde, c’est pourquoi des erreurs dans les condamnations peuvent toujours être commises. En outre, la peine de mort est très souvent utilisée comme un instrument discriminatoire à l’encontre des minorités, des pauvres ou des opposants politiques. La voie de l’abolition n’est pas facile et chaque pays a pris son temps pour parvenir à l’abolition complète. Enfin et surtout, la peine de mort va à l’encontre du droit inaliénable et fondamental de l’homme – la vie elle-même.

 

Le siècle de l’abolition universelle

Dans son discours passionné, Raphaël Chenuil-Hazan, directeur exécutif de l’ECPM, a exprimé son souhait concernant l’avenir de l’abolition : « Un jour, nous annoncerons l’abolition complète de la peine de mort. Si vous avez le moindre doute, regardez cette pièce. Il est rempli de décideurs, de parlementaires et de représentants de la société civile. Regardez le long chemin que nous avons parcouru. Il est temps que le XXIe siècle soit le siècle de l’abolition universelle de la peine de mort ». M. Chenuil-Hazan a également souligné l’importance du dialogue et le fait que des représentants de pays qui n’ont pas encore aboli la peine de mort sont également venus au Congrès pour engager des discussions.

Federica Mogherini, Haute Représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a déclaré que le Congrès contre la peine de mort est un bon exemple de progrès possible. Depuis son premier lancement en 2001, 31 autres pays ont aboli la peine de mort. « 2018 a été une bonne année, nous avons reçu des résultats positifs presque chaque mois. Essayons une 2019 encore meilleure.
Audun Halvorsen, Secrétaire d’Etat auprès du Ministre des Affaires étrangères du Royaume de Norvège a souligné que « même en 2019, les gens peuvent être condamnés à mort pour ce qu’ils aiment, pour leur foi, leur orientation sexuelle. Ce n’est pas acceptable. »

« Nous cherchons à nous venger et nous l’appelons justice. Pourtant, il n’y a pas de justice dans la mort », a conclu Aramis Ayala, procureur de la Neuvième Cour de circuit judiciaire de Floride (États-Unis d’Amérique), qui a fait la une des journaux en 2018 en déclarant qu’elle n’appliquerait pas la peine de mort en tout cas. « Nous devons nous unir dans la lutte contre la peine de mort ».

 

C’est à travers mon art que j’ai trouvé la liberté

La cérémonie d’ouverture a également été marquée par diverses performances artistiques telles que celles de Typh Barrow, chanteur belge, et de Vanessa Place, poète et avocate américaine. Enfin, le public de la cérémonie d’ouverture a vécu un moment très émouvant lorsque Ndume Olatushani, ancien condamné à mort aux États-Unis, a présenté une œuvre d’art qu’il avait préparée spécialement pour le congrès. Sa peinture présentait une chaise électrique  » parce que c’est ce à quoi j’ai été confronté, pendant 20 ans. Après ma libération, c’est à travers mon art que j’ai trouvé la liberté ».


Les personnes intéressées par le Congrès peut trouver plus d’informations sur les événements de demain et de vendredi sur le site web du Congrès. Pour ceux qui ne peuvent pas assister aux événements, consultez le compte Twitter de l’ECPM pour des mises à jour régulières.

 

Alena Bieling